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« Cœur battant de Paris » selon Victor Hugo, Notre-Dame n’a de cesse de nous fasciner… Ravagée par l’incendie du 15 avril 2019, elle a été au centre de toutes les attentions. On croyait tous savoir sur elle mais cet incident aussi montré combien nous la connaissions peu ou mal. Car Notre-Dame cache bien des secrets. Voici l’occasion de revenir sur 12 anecdotes insolites sur ce monument emblématique…

 

  • Attendre 107 ans

Et pourquoi pas 100 ans ?! Savez-vous d’où nous vient cette expression bien connue qui exprime une attente interminable ? Elle fait référence au nombre d’années qui ont été nécessaires pour construire Notre-Dame à Paris. La première pierre de l’édifice est posée en 1163 à l’initiative de l’évêque de Paris, Maurice de Sully. S’en suivra un long chantier qui va durer plus d’un siècle !

Si le transept, la nef et la façade sont finis dès 1200, il faudra des années avant que soient installés les arcs-boutants et les deux tours. On imagine l’agacement des parisiens qui ne voyaient plus finir ces travaux. Souhaitons aujourd’hui qu’il ne faille pas attendre « attendre 107 ans » pour voir renaitre un jour ce chef d’œuvre d’art gothique…

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Gravure de Matthäus Merian (1650)

 

  • Sauvée par un roman !

Ravagée et vandalisée sous la Révolution, Notre-Dame est en piteux état lorsqu’elle est rendue au culte en 1802 : flèche écroulée, trésor pillé, statues de la galerie des Rois détruites… La cathédrale est même menacée de démolition par les autorités.

Mais un jeune écrivain du nom de Victor Hugo a bien l’intention de défendre ce patrimoine architectural médiéval. En mars 1831, il publie un roman au titre révélateur, « Notre Dame de Paris », qui bouleversera le sort de la cathédrale. Le succès du livre est tel qu’il attire l’attention de l’opinion public sur la nécessité de restaurer l’édifice. L’administration engage alors des travaux de restauration qui commencent en 1843 sous la direction de l’architecte Viollet-le-Duc.

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Étienne Carjat, 1876. Creative Commons

 

  • Viollet le Duc déguisé

Pendant un quart de siècle, l’architecte Viollet le Duc supervise les travaux de restauration de Notre-Dame. Ses interventions portent aussi bien sur la charpente, le parement des tours, le décor des chapelles, la restitution des rosaces, des sculptures extérieures, que l’installation de la flèche de 93 mètres de haut, aujourd’hui disparue. Elle était entourée des statues des 12 apôtres.

L’une d’elles, la règle à la main, fixait le sommet de la flèche. C’était Viollet-le-Duc qui s’est lui-même représenté sous les traits de Saint Thomas. Il semblait ainsi contempler son « Grand Œuvre ». Miraculeusement, toutes ces statues avaient été enlevées du toit pour être restaurées. Elles sont donc sauvées ! Cependant, jamais on ne saura si le nouveau visage de Notre-Dame et de sa flèche fera autant la fierté du grand restaurateur que fut Viollet le Duc !

@Harmonia Amanda, Creative Commons

 

  • La forêt de Notre-Dame

La charpente de Notre-Dame était l’une des plus anciennes charpentes de France. Commencée en 1170, elle est surnommée « la forêt », en raison du grand nombre de poutres qu’il a fallu pour la construire. En effet, environ 1500 chênes différents ont été nécessaires à sa construction, soit l’équivalent d’une forêt de 21 hectares !  Certains chênes de la charpente d’origine étaient vieux de 300 ans et dataient donc du IXème siècle.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de la « forêt » de notre Dame, qui est intégralement partie en fumée lors de l’incendie. Mais les images scannées (par hasard !) de la charpente pourraient être bien utiles à sa reconstruction. Quant aux chênes, la France en compte 5 millions d’hectares ! Aucune excuse donc pour ne pas rebâtir la « foret » de Notre Dame !

 

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@Mappiness

 

  • Gargouilles ou chimères ?

Que serait Notre-Dame sans ses créatures fantastiques : les gargouilles et les chimères ? Telles des sentinelles silencieuses, toutes deux guettent et veillent sur la cathédrale. On les confond souvent à tort. Voici ce qu’il faut retenir !

Héritées du Moyen-Age, les gargouilles, jouent un rôle pratique. Elles servent à évacuer les eaux de pluie loin des murs et éviter leur ruissellement sur la pierre. Quant aux chimères, elles n’ont qu’une fonction décorative. Pure invention de Viollet-le-Duc, elles datent du XIXème siècle. Par leurs aspects effrayants, ces êtres hybrides protègent et éloignent symboliquement les démons et les forces du mal de la cathédrale.

Véritable icône de Notre-Dame, la stryge est le plus célèbre d’entres eux. Ce monstre pensif semble contempler le monde avec nostalgie. Selon vous, il s’agit d’une gargouille ou d’une chimère ?

 

@Mappiness

 

  • Les Trésors de Notre-Dame

Peu savent que les plafonds voûtes de Notre-Dame abritaient l’une des reliques les plus précieuses de l’église catholique : la Couronne d’épines du Christ. Rapportée de Constantinople par le roi Saint Louis en 1248, elle était exposée aux fidèles chaque premier vendredi du mois, à la Cathédrale Notre Dame. Préservée dans la salle des trésors, elle a pu être sauvée in extremis le jour de l’incendie ainsi que d’autres objets sacrés (la tunique de Saint Louis, le morceau de la Vraie Croix ou le clou de la Passion…).

@Getty Images

Miraculeusement aussi, alors qu’on le croyait fondu, le coq situé au sommet de la flèche de Notre Dame a été retrouvé quasi intact ! Il contenait une des épines de la Couronne du Christ, une relique de Saint Denis, et une de Sainte Geneviève. Reste à savoir si elles s’y trouvent encore, si oui dans quel état…

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@Jacques Chanut -Twitter

 

  • Les portes du Diable

 Les portes latérales de Notre-Dame sont recouvertes de ferrures impressionnantes, à tel point que la légende raconte qu’elles seraient de l’œuvre du diable ! Tout commence au XIIIème siècle. Un jeune ferronnier du nom de Biscornet, est chargé de la réalisation des portes. Mais devant l’ampleur du travail, Biscornet fait un pacte avec le diable afin qu’il lui vienne en aide. Malheureusement, le jour J, les fameuses portes refusent de s’ouvrir ! Il faudra les asperger d’eau bénite pour y parvenir !

A l’époque, les portes centrales ne possédaient aucun ornement. Ce n’est qu’avec la restauration de Viollet-Le-Duc qu’elles sont rajoutées par le ferronnier Boulanger, qui restaure aussi celles de Biscornet. Après 12 ans de recherche, il finira par retrouver la technique employée par ce dernier… Preuve peut-être que le diable n’y était pour rien !

 

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@Mappiness

 

  • Une façade pleine de symboles

En observant la façade de Notre-Dame, on constate que tout est affaire de symétrie, tout va par deux ou par trois. Si l’on fait abstraction des détails, on voit un carré, surmonté de deux tours, dans lequel on distingue trois parties en hauteur comme en largeur. Chacun des trois portails comporte deux vantaux et raconte une histoire.

La porte centrale est celle du Jugement Dernier. On y voit l’archange Saint-Michel peser l’âme des morts. Remarquez ce diable ricaneur qui fait pencher malicieusement la balance du côté des damnés ! Le portail de droite, lui, est dédié à Sainte Anne, la mère de Marie. La Vierge à l’enfant sur le tympan provient de l’ancienne cathédrale précédant Notre-Dame qui a été réinsérée dans le décor ! La frise inférieure représente les mariages d’Anne et Joachim ainsi que Marie et Joseph. Au linteau supérieur figurent des scènes du Christ sur terre allant de l’Annonciation jusqu’à l’Épiphanie. Enfin, le Portail de la Vierge à gauche, retrace la mort de Marie et sa montée au Paradis.

 

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@Mappiness

 

 

  • Les Rois décapités de Notre-Dame

 Au dessus des portails, juste sous la balustrade, figurent 28 statues qui serpentent la façade de Notre-Dame : c’est la galerie des Rois ! Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, elle ne représente pas les rois de France. En réalité, il s’agit des rois du Royaume de Judas ! Mais cela n’empêcha pas les révolutionnaires de décapiter une à une toutes les statues en 1793.

Portées disparues pendant deux siècles, on les retrouve par hasard en 1977, dans la cour d’un hôtel particulier du 9ème arrondissement, au 20 rue de Chaussée-d’Antin. Aujourd’hui, elles sont exposées au Musée de Cluny. Les statues actuelles que l’on peut voir à Notre-Dame ne sont que des copies de la Galerie des Rois.

 

@LPLT, Wikimedia Commons

 

  • La statue de Saint-Denis 

Un autre personnage, a lui aussi été décapité… pour de vrai cette fois, pas sa statue ! Il s’agit de Saint- Denis, le premier évêque de Paris. Envoyé dans la ville de Lutèce pour prêcher le catholicisme, Saint-Denis provoque une telle ferveur que les romains décident de se débarrasser de lui. En l’an 257, il est décapité à Montmartre avec ses compagnons. La légende raconte qu’il se serait relevé et aurait marché, sa tête à la main, jusqu’à l’emplacement de la future basilique de Saint-Denis.

Au portail de la Vierge, à gauche de la façade, on reconnaît Saint Denis à la tête qu’il porte entre ses mains, entouré de deux anges. A ses pieds, le petit homme tenant une hache, n’est autre que son bourreau.

 

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@Mappiness

 

 

  • La cloche Emmanuel

Dans la tour Sud de Notre-Dame, se trouve le bourbon Emmanuel. C’est la deuxième plus grosse cloche de France (après la Savoyarde au Sacré-Cœur). Il ne sonne que pour les grandes fêtes religieuses comme Noël, Pâques, la Pentecôte ou la Toussaint ou certains événements importants de l’histoire de la France : couronnement des rois, visite du pape, fin de la Première et Seconde Guerre Mondiale…

Fondu en 1631, le bourbon Emmanuel pèse 13 tonnes et son battant, c’est-à-dire la partie à intérieur qui tape contre les parois pour produire le son, fait 500 kg ! Avant sa motorisation, il fallait huit hommes pour l’actionner. Heureusement, il a été épargné par l’incendie. Avec de la chance, nous l’entendrons de nouveau sonner dans cinq ans…

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@Mappiness

  • Les abeilles de Notre-Dame

Saviez-vous que Notre-Dame produit son propre miel ? Depuis le printemps 2013, des ruches ont été installées sur les toits de Notre-Dame attenant à la sacristie. Elles abritent environ 200 000 abeilles qui produisent chaque année 25 kilos de miel. Il n’est vendu qu’au personnel de la cathédrale. Malgré l’incendie, les trois ruches n’ont pas brulé et les abeilles sont encore en vie. L’apiculteur de la cathédrale expliquait qu’en cas d’incendie et dès les premiers signes de fumée, les abeilles se gorgent de miel et protègent leur reine. Cette espèce n’abandonne pas sa ruche.

@lesalonbeige

 

L’histoire mouvementée de Notre-Dame montre qu’à plusieurs reprises, elle a été sauvée. L’incendie du 15 avril dernier ne serait donc qu’une péripétie parmi tant d’autres dans le cours de sa destinée… Vieille de plus de 850 ans, Notre-Dame a toujours su se transformer et se renouveler au gré des âges ! Nul doute, qu’elle y parviendra encore…

 

 

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